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    Dossier

    Violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) : obligations de l’employeur et recours du salarié

    Dans le cadre de son obligation de sécurité, l’employeur est tenu de prévenir toutes les formes de violences sexistes et sexuelles au travail (VSST), de faciliter le signalement des faits et de garantir la protection des victimes. Quelles mesures concrètes doit-il mettre en place ? Quels sont les droits des salariés et les recours possibles en cas de violences avérées ? Le point complet dans ce dossier.

    Publié le 09. 06. 26

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    L’obligation de sécurité de l'employeur

    L’employeur est tenu à une obligation légale de sécurité vis-à-vis de ses salariés. Il doit protéger leur santé physique et mentale (art. L. 4121-1 et 2 C. trav.) et prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de prévenir les faits de harcèlement sexuel, d’y mettre un terme et de les sanctionner (art. L. 1153-5 C. trav.).


    L’employeur doit prévenir, faire cesser et sanctionner toutes les formes de harcèlement sexuel, d’agissements sexistes et de VSST (violences sexistes et sexuelles au travail) afin de maintenir une organisation du travail saine et sereine pour l’ensemble des salariés. Cela passe notamment par : 


    • l’évaluation des risques ;
    • la mise en place d’actions de formation et de sensibilisation ;
    • la désignation d’un référent employeur en matière de harcèlement sexuel et d’agissements sexistes (obligatoire dans les entreprises d’au moins 250 salariés, en plus du référent CSE) ;
    • la formulation de consignes claires dans le règlement intérieur ;
    • l’affichage des textes du Code pénal dans les locaux de l’entreprise (mentionnant les coordonnées du médecin du travail, de l'inspection du travail, du Défenseur des droits et des référents désignés dans l’entreprise) ;
    • le déclenchement d’une enquête interne dès signalement, par un salarié ou un élu du CSE, de faits de violences ;
    • la mise en œuvre immédiate de mesures conservatoires pour faire cesser les faits et protéger la victime ;
    • l’application de sanctions disciplinaires à l’encontre de l’auteur en cas de faits avérés ou suffisamment caractérisés (selon leur gravité : mise à pied, rétrogradation, licenciement pour faute grave…).

    À savoir

    Toute entreprise d’au moins 50 salariés doit mettre en place des procédures appropriées pour recueillir les signalements des salariés ou des collaborateurs extérieurs et occasionnels (art. L. 1132-3-3 C. trav. et art. 8 loi du 09/12/2016).

    Dans les entreprises de moins de 50 salariés, s'il n'existe pas de procédure interne de recueil et de traitement des signalements, les salariés peuvent s’adresser à leur supérieur hiérarchique. Ils peuvent aussi émettre leur signalement auprès de l'employeur ou d’un référent désigné par l'employeur.

    Attention !

    Le salarié victime de violences sexistes ou sexuelles dans l’entreprise peut invoquer un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité. 

    Si l’employeur ne justifie pas avoir pris toutes les mesures nécessaires pour prévenir et faire cesser les faits, il peut être condamné à verser des dommages-intérêts au salarié.

    Il peut toutefois s’exonérer de sa responsabilité s’il démontre avoir réagi immédiatement après avoir eu connaissance des faits en mettant en place les mesures nécessaires pour y mettre un terme et prévenir leur répétition.

    La prévention des violences sexuelles et des agissements sexistes dans l'entreprise

    Prévenir les VSST, les agissements sexistes et le harcèlement sexuel est indispensable pour éviter toute dégradation de la santé physique et mentale des salariés. Dans le cadre de son obligation de sécurité, l’employeur doit éviter les risques et les combattre à la source (art. L. 4121-1 et 2 C. trav.).


    Pour cela, il est tenu de mettre en place :


    • des actions de prévention des risques professionnels ;
    • des actions d’information et de formation ;
    • une organisation et des moyens adaptés.

    L’employeur doit établir un dispositif interne clair, c’est-à-dire instaurer une organisation du travail et une culture d’entreprise respectueuses, basées sur la parole et l’écoute, afin d’éviter que des violences ne surviennent.


    Concrètement, cela consiste à afficher une tolérance zéro à l’égard de toute forme de violence ou de harcèlement, et, par exemple, à l’annoncer dans le règlement intérieur, à faire des campagnes d’affichage précisant les comportements interdits et les sanctions encourues, à négocier des accords collectifs avec les syndicats ou avec le comité social et économique (CSE), à rédiger une charte de conduite sur le respect, l’égalité et la dignité au travail, etc.


    Il existe 3 niveaux de prévention :


    • la prévention primaire (prévenir le risque en agissant à la source) ;
    • la prévention secondaire (sensibiliser et former pour réduire l’impact du risque sur les salariés) ;
    • la prévention tertiaire (prendre en charge pour réparer les dommages causés par le risque avéré).

    La prévention primaire

    Les actions mises en œuvre à ce premier niveau relèvent de démarches collectives de prévention en santé et sécurité au travail. Elles visent à éviter l’apparition des risques de VSST, d’agissements sexistes et de harcèlement sexuel.


    Ces mesures de prévention primaire englobent notamment :


    • la désignation de référents dans l’entreprise ;
    • l’évaluation des risques liés aux VSST et l’intégration de ces risques dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ;
    • la mise en place de mesures organisationnelles (composition des équipes, répartition du travail, aménagement des bureaux…) ;
    • la construction d’outils collectifs de prévention (dispositif et livret d’accueil, charte de conduite, espaces de discussion…) ; 
    • la mise en place d’une politique d’égalité professionnelle, notamment via un accord ou un plan d’action incluant un volet sur la prévention des VSST, des agissements sexistes et du harcèlement sexuel.

    La prévention secondaire

    L’employeur doit obligatoirement mener des actions d’information à destination de l’ensemble des salariés. Il doit également mener des actions de sensibilisation et de formation. 


    Les encadrants de tout niveau hiérarchique (RH, managers, référents en matière de harcèlement sexuel et d’agissements sexistes) doivent être sensibilisés et formés à la lutte contre les VSST, afin d’être en capacité de créer, favoriser ou rétablir un environnement de travail respectueux et digne.


    Concrètement, ils doivent être en mesure de réagir et de prendre des mesures managériales utiles, pour éviter ou faire cesser dans leur service :


    • les remarques ou blagues sexistes ; 
    • les incivilités ;
    • les marques de mépris ;
    • les interpellations familières ;
    • les formes de séduction non souhaitée ;
    • les réflexions malveillantes liées au sexe, à l’apparence physique ou aux aptitudes ; 
    • les e-mails, messages ou affichages déplacés ;
    • les comportements vulgaires ou obscènes, y compris lorsqu’aucune personne n’est visée en particulier.

    À savoir

    Depuis mai 2025, de nouveaux accords de branche et accords interprofessionnels renforcent l'obligation de formation des cadres dirigeants sur ces enjeux, notamment dans les secteurs de la production audiovisuelle et du cinéma.

    La prévention tertiaire

    Les actions à mener ici s’inscrivent dans une logique de réparation et visent à limiter les dommages ou les effets des violences sexistes et sexuelles.


    L’employeur est tenu d’agir rapidement, notamment via : 


    • la création d’un dispositif d’écoute et de recueil des plaintes (adresse e-mail dédiée, ligne d’écoute téléphonique confidentielle et sécurisée…) ;
    • la mise en place d’un circuit de traitement et de suivi des signalements ;
    • la mobilisation des personnes ressources, qu’elles soient internes ou externes à l’entreprise (médecin du travail, préventeur…) ;
    • l’accompagnement des victimes et des témoins ;
    • l’instauration de sanctions à l’encontre des auteurs.

    Ces actions visent à encourager la parole, garantir aux victimes comme aux témoins toute absence de représailles, éloigner la victime de son agresseur ou harceleur (notamment via une mise à pied conservatoire), orienter les victimes vers les bons acteurs (médecin du travail, association spécialisée, psychologue…), les informer sur leurs droits et les soutenir dans la durée.

    Prévention des violences sexuelles et des agissements sexistes au travail : tous acteurs !

    Si l’employeur est tenu à une obligation légale de sécurité et doit mettre en place l’ensemble des mesures permettant d’y répondre, d’autres acteurs jouent un rôle essentiel dans la prévention des violences sexuelles et des agissements sexistes. 

    Les salariés ont une obligation de sécurité vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs collègues. En effet, chaque travailleur doit prendre soin de sa santé et de sa sécurité, ainsi que de celles des autres personnes pouvant être impactées par ses actions et ses omissions (art. L. 4122-1 C. trav.). La notion d’omission renvoie ici au fait qu’un salarié ne peut pas rester un spectateur passif s’il est témoin de violences sexuelles ou d’agissements sexistes au travail. L’inaction (ne pas alerter, ne pas assister, ne pas témoigner…) peut engager sa responsabilité.

    Le référent harcèlement sexuel et agissements sexistes du CSE (art. L. 2314-1 C. trav.) et le référent harcèlement sexuel et agissements sexistes désigné par l’employeur (dans les entreprises d’au moins 250 salariés) ont pour rôle d’orienter, d’informer et d’accompagner les victimes (art. L. 1153-5-1 C. trav.).

    Le comité social et économique (CSE) peut solliciter toute action qu’il estime utile et proposer des actions de prévention (art. L. 2312-5 et 9, 3° C. trav.), ainsi que des mesures de nature à améliorer les conditions de travail dans l’entreprise. Il doit exercer son droit d’alerte s’il constate une atteinte aux droits des personnes, à leur santé physique ou mentale, et mener aussitôt une enquête avec l’employeur.

    Le médecin du travail est disponible pour conseiller l’employeur, les salariés et le CSE sur les mesures à prendre afin de prévenir toute agression (art. L. 4622-2 C. trav.).

    Les recours et droits du salarié victime de violences sexuelles ou sexistes

    Le signalement

    Le salarié qui subit des violences au travail doit d’abord signaler les faits à une personne en mesure de recueillir les signalements et les témoignages. Selon sa situation, la taille de son entreprise et le dispositif interne mis en place, il peut s’adresser à :


    • son supérieur hiérarchique ;
    • un responsable RH ; 
    • le référent désigné par l’employeur ou par le CSE ; 
    • son employeur ;
    • un élu du CSE ; 
    • un délégué syndical (DS) ;
    • le médecin du travail ;
    • son médecin traitant ;
    • un inspecteur du travail.

    Le signalement du salarié doit prendre la forme d’un récit circonstancié, chronologique et détaillé des faits. Il est important de mentionner tout élément susceptible de constituer une preuve. 


    Dès qu’il a été informé des faits, l’employeur doit mener une enquête interne et prendre des mesures conservatoires pour éloigner la victime de l’auteur présumé des faits (art. L. 4121-1 et 2 C. trav.).


    Le salarié victime de violences peut à tout moment s’adresser à un membre du CSE, qui exercera son droit d’alerte s’il constate une atteinte au droit des personnes ou à leur santé. L’employeur devra alors procéder à une enquête, sans délai et conjointement avec l’élu du CSE (art. L. 2312-59 C. trav.).


    En l’absence d’instance représentative du personnel dans son entreprise (structure de moins de 11 salariés), le salarié peut s’adresser directement à son employeur ou à son supérieur. 

    L’accompagnement

    Le salarié peut solliciter en urgence une visite médicale auprès du médecin du travail (art. R. 4624-34 C. trav.).


    Il peut également contacter l’inspection du travail dont le rôle est de faire cesser les situations illégales et de protéger les victimes.


    Tout salarié victime de violences peut saisir le Défenseur des droits (DDD). De plus, les femmes victimes peuvent contacter les associations spécialisées, comme l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT).


    Enfin, le salarié peut se faire accompagner par une organisation syndicale dans le cadre d’une action en justice au pénal et/ou devant le conseil de prud’hommes (art. L. 1154-2 et L. 2132-3 C. trav.).

    La protection

    L’employeur est tenu de mettre un terme aux faits de violences, de sanctionner leur auteur et de protéger la victime.


    Le salarié victime dispose par ailleurs d’une protection contre le licenciement, ainsi que d’une protection contre toute mesure discriminatoire ou de représailles liée à son signalement (art. L. 1153-2 et 4 C. trav.), quelles que soient les suites de l’enquête et même si celle-ci ne permet pas d’établir les faits. 

    Le droit de retrait

    Le salarié dispose d’un droit de retrait, qu’il peut exercer s’il a un motif raisonnable de penser que sa situation présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé (art. L. 4131-1 à 3 C. trav.). Il doit pour cela informer l’employeur des faits et de sa décision de se retirer de sa situation de travail (par tout moyen de son choix). 

    Le dépôt de plainte

    Si la victime souhaite que des poursuites pénales soient engagées contre l’auteur présumé des faits, elle doit porter plainte auprès d’un commissariat de police ou d’une brigade de gendarmerie. Un certificat médical n’est pas obligatoire pour déposer plainte.

    Attention !

    La main courante n’est pas une plainte. C’est un signalement, qui n’enclenche pas de poursuites immédiates à l’encontre de l’auteur présumé, mais permet de conserver une trace de la nature et des circonstances des faits.

    En matière de violences sexistes et sexuelles au travail, les faits sont souvent difficiles à prouver. Il est recommandé à la victime de :


    - noter scrupuleusement les dates, heures et lieux des violences ;

    - consigner l’identité des témoins potentiels ;

    - conserver l’ensemble des écrits à sa disposition (SMS, e-mails, captures -d’écran de conversations instantanées, messages rédigés sur des post-it…) ;

    - consulter un médecin pour faire constater l'impact psychologique des violences et faire établir un certificat médical.

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